Pédagogie par l'aventure

L'efficacité de la pédagogie par l'aventure repose sur la conjonction de deux éléments: la confrontation sur une longue durée avec la réalité implacable du terrain naturel, conjuguée avec la relève du défi d'une expédition ambitieuse mais néanmoins réalisable, dont la réussite ancre l'estime de soi de manière durable. Pendant l'expédition, la réalité quotidienne des exigences de l'environnement naturel oblige les jeunes à faire usage de toutes leurs compétences et des techniques apprises, mais aussi à mobiliser leur créativité ainsi que des dynamiques de groupe efficaces et solidaires.

Le challenge d'une aventure de taille les met face à elles-mêmes, et fait appel à la participation de leur personne toute entière, sans retenue possible face à l'ampleur du défi. Dans ce cadre, les règles et exigences ne sont plus imposées par un système familial, scolaire ou social, mais au contraire, ce sont les buts fixés et les besoins primordiaux de la personne et du groupe qui s'expriment et qui exigent des prises de décisions réfléchies, concertées et responsables. Dans ce contexte la confrontation concrète avec la difficulté physique et mentale ainsi que la reconstruction du lien avec la nature et avec les autres, sont essentielles pour amener les jeunes à opérer des changements profonds et durables.

Divers projets dans plusieurs pays ont exploré cette approche depuis une trentaine d'années avec des jeunes en difficulté, notamment par la navigation à la voile en haute mer, les traversées de désert, les marches le long de tracés de pèlerinages, ou les expéditions d'alpinisme. Le choix du projet se porte sur une marche de longue distance dans la nature, facilement abordable pour toutes, sans dangers pour l'intégrité physique, et dont le coût reste modeste. Même en restant sur les chemins pédestres en Suisse, les jeunes font l'expérience d'un dépaysement complet, avec de nouveaux repères, et un défi important surtout lorsqu'il s'agit de partir avec un matériel réduit au strict minimum et d'effectuer les nuitées en bivouac. Les participantes doivent alors mobiliser toutes leurs ressources propres afin de parvenir à relever le défi, et effectuent simultanément un cheminement intérieur qui est le moteur des changements durables que le projet vise à faciliter.

 

Dynamique initiatique

Le processus de l'initiation, pratiqué dans les cultures traditionnelles du monde entier depuis des temps immémorables, offre des outils exceptionnels pour provoquer des changements intérieurs durables chez des jeunes en difficulté. En effet, les différentes phases de l'initiation sont en parfait miroir du processus que traversent beaucoup de jeunes. Dans l'occident moderne la société ne propose plus ce cheminement que dans des structures très conformistes telles que l'armée.

Les adolescents, qui ont besoin de se redéfinir par des activités à caractère exceptionnel, peuvent être amenés à réinventer ce processus par eux-mêmes, en se mettant en marge de la société par divers types de comportement à risques, en refusant de se plier aux conventions, ou par des affiliations à des groupes de pairs dans lesquels ils défient l'ordre établi dans des activités qui peuvent les amener à la rupture sociale. Par la suite, certains jeunes ne réussissent pas à trouver les moyens pour réintégrer la société, et sont alors à très fort risque d'une marginalisation chronique et d'une dépendance à long terme des services sociaux.

Le Projet “Artémis” reconnaît le besoin des jeunes de sortir de leur contexte habituel, de former un groupe de pairs qui va relever un défi ambitieux ayant un fort potentiel de transformation intérieure. Il leur propose un challenge très important mais complètement réalisable, avec un encadrement professionnel, dans des conditions qui ne ressemblent en rien à leur vécu ordinaire mais qui ne présentent que peu de dangers concrets.

Un accompagnement attentif complète ce parcours transformateur, par un retour vers les réalités de la société et du monde du travail, qui respecte néanmoins la particularité de l'expérience formatrice que les jeunes viennent de traverser, ainsi que les spécificités existentielles de ce public.

 

Insertion alternative

Les intervenants mesurent les grandes difficultés d'insertion professionnelles auxquelles font face des jeunes qui ont traversé un parcours atypique, peut-être avec une scolarité lacunaire, ou encore ayant fait des expériences personnelles particulièrement pénibles ou traumatiques. Mis à part les voies de formations classiques telles que l'apprentissage ou l'école professionnelle, le projet “Artémis” veut aussi pouvoir réfléchir et mettre sur pied des démarches formatrices moins conventionnelles, telles que le WOOFing, le compagnonnage, des stages de longues durée chez des artisans, des formations dans des métiers atypiques, ou encore l'entreprenariat dans certains cas.

 

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